mardi 9 décembre 2008

ATHENES A ENTERRE SES COULEURS DE FETE : LE DEUIL ATHENIEN

Athènes a perdu ses couleurs de fête ! Désolation, ravages, rage, pillages.


Voici l'image de quatre jours de troubles à Athènes suite à l'assassinat d'un jeune de quinze ans qui, le jour de la Saint Nicolas, un des jours de fête les plus importants en Grèce, a eu le malheur d'aller fêter avec ses amis la fête d'un Nicolas, un de ses amis. Il n'avait que 15 ans, l'age que pourait avoir votre fils. L'age de la révolte, peut être, mais certainement pas l'age d'être enterré.

Athènes, la désolante. Le centre de la capitale ressemble à une ville bombardée, souillée, violée. La place de la Constitution, la fameuse place Syntagma a été cassée, brûlée, partout vous verrez des bris de marbre, des poubelles en cendre, des bancs brisés... La plupart des magasins de la rue piétonne Ermou sont saccagés, les commerçant désolés, les employés se retrouvent à la veille des fêtes de Noël sans travail. Désolation !

L'atmosphère qui règne dans les rues d'Athènes, autour d'Omonia, de Syntagma, de l'université Polytechnique est suffocante. Nous sommes obligés de nous protéger en plein jour des restes de gaz lacrymogènes. Les transports en commun fonctionnent par altermitance. cet après-midi, à 17h00, les stations du métro Syntagma et Panepistimiou étaient fermées. Les piétons marchent dans Athènes le regard perdu dans tant de violence, hagards.

Toute cette violence est-elle justifiée ? Certainement pas. Il faudrait malgré tout analyser, en mettant de côté ces groupes d'anarchistes, qui mettent à chaque fois le trouble dans les mouvements de manifestations.

Toute cette douleur est-elle justifiée ? Certainement. Demandez donc à cette mère qui a perdu son fils ! Et ne tentez pas d'incriminer ce gosse qui est sorti un samedi soir avec ses amis et qui s'est retrouvé face à un représentant des forces de l'ordre qui n'a pas pu se maîtriser. Les témoignages jour après jour pleuvent et prouvent que la réaction de ce policier était injustifiée. Cet homme, car il s'agit d'un homme, d'un père de famille ,qui peut être par lacune ou par mauvaise formation, ou lui aussi d'un ras-le-bol, a tué un enfant.

A côté de toute cette douleur, il y a un autre problème. Pourquoi les magasins ont été saccagés par ces groupes d'anarchistes et dévalisés dans la foulée par d'autres groupes ? Cela me rappelle les images des Etats-Unis après le cyclone Katrina. Les magasins dévalisés par des groupes de voleurs. Cet après-midi, alors que nous sommes mardi et que les magasins normalement ouverts jusqu'à 21 heures, le centre d'Athènes est fermé, déserté à 15 jours des fêtes de Noël.

Les journaux télévisés, avides d'images, tels des corbeaux, montrent en continu des reportages de la destruction de la capitale ainsi que des images de ce jeune qui a perdu la vie.

La question qui revient en permanence est : POURQUOI ?

La violence engendre la violence. La misère engendre la violence. L'incompréhension engendre la violence. La jeunesse découvre que leur avenir est incertain. Que dire à cette mère face à sa douleur ? Que dire à nos enfants devant tant de haine ?

Que font nos gouvernements devant tant de haine et de violence ? Pourquoi une telle passivité ? Nous n'avons pas le luxe de la réflexion. Les hommes politiques, les gouvernements seront jugés sur leur résultats.

Révolte ou Révolution ?

Une chose est sûre, le décès de ce jeune de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos a fait poudrière et boule de neige.


Poème d'Arthur Rimbaud

"Le Dormeur du Val"

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.



modifié le 10 décembre 2008

3 Ajouter et lire vos commentaires:

Lauraki a dit…

Bonjour,
Je suis désolée par tout ce qu'il se passe ici... J'habite Exarchia et ce qui me surprend le plus, c'est que selon l'endroit où l'on se situe, rien de toute cette agitation ne paraît et pourtant.
Je me suis permise de faire un lien vers ton article sur mon blog dans le dernier article.
Bonne continuation,

Paris-Athènes a dit…

Je suis tout autant désolée que toi de cette situation. Quand je parlais d'université d'Athènes, je pensais à Polytechnique, mon erreur. Je rectifie de suite mon billet.
Ma fille va à l'université à Exarchia et j'y travaille tout proche. C'est vrai que Exarchia est dans le coeur du problème, il pourrait être un quartier agréable à vivre comme les autres mais est malheureusement dénaturé par des groupes qui n'ont rien à voir avec cet endroit, qui soit dit en passant est très agréable en temps normal. Par ignorance ou par mauvaise information, on fait parfois la mauvaise publicité.

C'est désolant tout de même tout ce qui se passe. J'espère que les manifestations d'aujourd'hui seront pacifiques.

Anonyme a dit…

Message d’une insurgée grecque : “Pour une Nouvelle Internationale”
http://emeutes.wordpress.com/


Une bande de politiciens et de journalistes forme un essaim de guêpes autour de nous pour essayer de tirer profit de notre mouvement, pour imposer leur propre rationalité. Ils affirment que nous nous rebellons parce que notre gouvernement est corrompu ou parce que nous voulons avoir plus d’argent, plus de travail…

FAUX.

Si nous faisons éclater les vitrines des banques c’est parce que nous identifions leur argent à l’une des causes majeures de notre tristesse, si nous brisons les vitres des magasins ce n’est pas vraiment parce que la vie est chère, mais parce que la marchandise nous empêche de vivre, quel qu’en soit le coût. Si nous prenons d’assaut les commissariats, ce n’est pas seulement pour venger nos camarades morts mais parce que, entre ce monde et celui que nous désirons, la police sera toujours un obstacle.

Nous savons que le moment est venu pour nous de penser stratégie. En ces temps impérieux, nous savons que pour que cette insurrection soit victorieuse, il faut qu’elle s’étende au moins au niveau européen. Du passé, nous avons vu et nous avons appris, aux sommets du FMI ou du G7 ont répondu la rébellion des étudiants à l’échelle mondiale et les émeutes des banlieues françaises, ou le mouvement de lutte contre la TAV en Italie, la commune de Oaxaca, de algaradas Montréal. De la défense à l’offensive, comme à Copenhague, y compris ceux qui boycottent la Convention Nationale Républicaine aux États-Unis .. Nourris par la catastrophe, nous sommes les enfants de toutes les crises : politique, sociale, économique, écologique. Nous savons que ce monde est déjà mort et qu’il faut être particulièrement dérangé pour s’accrocher à ses ruines… Et donc que l’option raisonnable, la seule, est l’auto-organisation.

Elle indique clairement le rejet total de la politique de partis et d’organismes, car ils font partie du Vieux Monde. Nous sommes les enfants victimes de cette société et nous ne voulons rien d’elle : c’est le dernier péché qu’ils ne nous pardonneront jamais.

Derrière les foulards noirs, nous sommes les enfants de la société. Et nous sommes organisés. Nous ne pourrions pas fournir autant d’efforts pour détruire le matériel de ce monde, ses banques, ses supermarchés, ses centrales de police si nous ne savions pas qu’en même temps nous creusons sa métaphysique, ses idéaux, ses idées et sa rationalité

Ce qu’ils n’osent pas dire est que, tout simplement et dans le même processus, tout en assaillant et en dévastant cette réalité, nous expérimentons une plus haute forme de communauté, de participation, une plus haute forme d’organisation spontanée et joyeuse où apparaitront les bases d’un monde différent. Certains peuvent dire que notre révolte atteindra ses propres limites en ne parvenant à dépasser une pure et simple destruction. Cela pourrait être certain si, à côté des luttes de rue, nous n’avions pas prévu l’organisation nécessaire exigée par un mouvement de longue haleine : infirmeries préparées pour soigner nos blessés, moyens pour publier notre propre presse, notre radio, nos films, débrouillardise pour parvenir à se nourrir…

Dans toute l’Europe, les gouvernements tremblent. Il ne craignent certes pas forcément tous que cela arrive chez eux, mais ils n’aiment guère cette possible cause commune qu’offre l’insurrection grecque à toute la jeunesse occidentale, lui offrant ainsi un magnifique prétexte pour porter le coup de grâce à cette société mortifère.

Ceci est un appel à toutes et tous, écoutez:
De Berlin à Madrid, de Londres à Tarnac, tout est possible.

La solidarité doit devenir complicité. Les affrontements doivent être prolongés; les communes proclamées.
Pour que les choses ne soient plus jamais comme avant. Pour que les idées et les pratiques nous lient à de réels progrès.
Pour que nous puissions continuer d’être ingouvernables.

Une révolutionnaire salue tous nos camarades du monde entier.

http://emeutes.wordpress.com/