mardi 10 juin 2014

Chez Lucien, Un Bougnat à Athènes

Cuisine traditionnelle


Je suis une invétérée de la cuisine traditionnelle. Qu'elle soit grecque ou française, j'aime goûter à la cuisine du terroir. Je suis gourmande et j'aime cuisiner, quelle programme !

Alors à l'occasion de mon anniversaire (je ne vous dirai pas mon âge!) j'ai donc décidé d'emmener ma moitié ''Chez Lucien" en prétextant le restaurant français pour "me faire plaisir", dans le fond, c'est pas tout les jours qu'on fête son anniversaire.

''Chez Lucien" c'est le bougnat d'Athènes, non pas que je sache si Lucien est auvergnat, ce que je peux vous dire c'est qu'il vient de loin et que pour le plaisir de mes papilles, il est installé à Athènes, immigré à Petralona pour être précise.

Après donc avoir travaillé dans l'informatique en France, Lucien ne vend ni charbon, ni fait commerce de vin, mais a donc son petit resto, mi bistrot, mi taverne, à la bonne franquette comme on dirait chez nous. Il le tient avec son épouse et son personnel, féminin de la serveuse au chef-cuisinier : Lucien est entouré de ses dames.

Cela fait bien des années que j'entends parler de ce Lucien et j'avoue que tel qu'on me l'avait décrit, je m'attendais à autre chose, sinon à la qualité de ses plats servis "sans chichis".
Ici pas de réservation car l'endroit est si petit qu'il ne contient que peu de tables extérieures (on est en été), et peu plus à l'intérieur. Bien qu'on soit arrivés assez tôt pour la Grèce (20h30), les tables sur le trottoir étaient déjà toutes prises mais finalement il y avait du bon : nous avons pu discuter avec Lucien toute la soirée.

Il est clair que trouver une place pendant les cours mois d'hiver doit tenir du miracle mais ces tables les unes contre les autres permettent à la clientèle de partager son repas avec des inconnus. On aime, ou on n'aime pas. Personnellement, ça ne me dérange pas.


Décoration originale

Dans un endroit si petit, la décoration est tout un art. Entre les tables collées au plafond et ses chaises, les affiches de cinéma, des images de Paris et autre, ne vous attendez pas à un endroit perfectionné sous les mains d'un décorateur : "Chez Lucien" c'est un décor sans, détour, sans chichi aussi…
La cuisine est collée à la salle, on y hume les odeurs qui s'échappent des casseroles. 

Le menu - La viande sous tous ses angles


Alors ce Lucien c'est tout de même un étrange personnage. Très bavard, un peu rustre même à premier abord, j'ai trouvé cet homme tout simplement CAPTIVANT. Mais ce n'est pas lui qui parle, c'est sa passion qui explose !  Nous avons discuté "cuisine", mon dada… et en  particulier de la viande sous toutes ses façons. Née dans le milieu boucher, il m'a ressorti des noms de pièces de viande complètement refoulées dans le plus profond de ma mémoire : hampe, persillé, merlan, poire, bavette et autre araignée sont ses morceaux préférés. Il n'aime pas qu'on lui demande de cuire la viande plus qu'il ne faudrait. Il a des idées très arrêtées sur la question auxquelles je ne peux qu'agréer. Avis personnel. 

Passée en cuisine, Lucien a découvert ses faitouts et j'ai pu sentir l'odeur de ces gésiers de volaille qui mijotaient dans la graisse d'oie, tout un programme. 

Le gratin dauphinois, enseigne du magasin apparemment, était à la hauteur de mes espérances : délicieux.

Le plat du jour servi ce samedi était la ratatouille. Nous avons vite écarté la ratatouille (ma moitié a horreur de la ratatouille française et y préfère son briam hellénique au four… no comment !). 
Nous avons alors choisi le menu à 15 euros par personne et sa salade au chèvre chaud, une entrepôte pour deux, garnie de gratin dauphinois, haricots verts, petits pois/carottes, sauce béarnaise et sauce, aux 24 ingrédients dixit Lucien, "Café de Paris".

Les desserts étaient divins : entre la crème brûlée et ce savant biscuit/chantilly/fraises fraîches, je ne sais pas ce qui était meilleur. J'en ai encore l'eau à la bouche ! Il y avait aussi un soufflé au chocolat fait maison qu'on aura pas goûté (il faut laisser un choix pour la prochaine fois).

La cloche a sonné, il est l'heure de partir


Et puisque le tout est hors norme, je ne passerai pas outre le son de la cloche à pourboire, qui pend au dessus du comptoir, que Lucien et ses serveuses font tinter en criant un "Merci beaucoup" lorsqu'un client laisse un pourboire… original même si un peu surprenant.

Ce n'est pas un restaurant, c'est une cuisine


Plus un lieu qu'un restaurant, pour moi Lucien sera le synonyme de convivialité (vous savez la convivialité à la grecque), j'y ai retrouvé des goûts de mon enfance, la cuisine de ma mère, excellente cuisinière et ce n'est pas peu.

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Chez Lucien
rue Troon - Petralona



samedi 8 mars 2014

Tranches de vie à la grecque n°1

Tranches de vie à la grecque n°1


Paris-Athènes, voit, lit, remarque, raconte

4freephotos.com 

La vie en Grèce coule, avec ses lots de tristesse mais aussi des moments intenses de bonheur parfois.
Je vais essayer, pour faire vivre ce blog que j'ai laissé, un peu à l'abandon, de noter et classer pour l'éternité ces brefs moments qu'on ne doit jamais oublier.

J'aimerais aujourd'hui vous parler des ces petites étudiantes que je connais, certaines me sont très proches, d'autres ne me sont pas indifférentes.

Je ne nommerai jamais mes caractères parce que je ne veux pas dévoiler des noms, des prénoms ; parce que l'anonymat est ici une marque de qualité.
Je me contenterai de vous donner l'initiale du prénom, peut-être l'âge ou la qualité des mes personnages.

Z. jeune femme de 24 ans, étudiante, travaille
Issue de l'immigration, elle est venue très jeune de son pays limitrophe natal. Ils sont venus en famille, le père n'a tenu le coup, il est reparti. La mère travaille comme femme de ménage dans un hôpital.
Z. aimerait finir ses études mais elle est restée un peu en rade car obligée de travailler parallèlement. Elle bosse dans une agence de traduction, 8 heures par jour, sans couverture sociale. On vient de lui annoncer qu'on lui couperait 50 euros de son salaire parce que les affaires ne vont pas bien.
Salaire : 350 euros.

M. 44 ans, mère de famille, deux enfants, mariée
M. est à bout. Elle a enfin trouvé du travail comme aide cuisinière dans une taverne. Au début, elle travaillait 6 jours sur 7. Maintenant, c'est du 7/7. Elle travaille 8 heures par jour, elle est déclarée à mi-temps sur 4 jours.
C'est ça ou faire la manche. C'est ça.
Son mari, menuisier, n'a plus de commande depuis deux ans.
Salaire : dans les 700 euros lorsque son patron a de l'argent. Sinon, elle doit attendre.

C. jeune femme de 30 ans, travaille.
C. n'a pas peur de travailler. Autant que je me rappelle, elle a toujours enchaîner travail sur travail. Débrouillarde, pendant les week-ends elle jouait au photographe dans les restaurants et autres centres de divertissements (de type "bouzoukia" etc.).
Elle travaille 3 jours par semaine quand tout va bien dans une cafétéria. Les autres jours, elle attend patiemment un coup de fil, rivée à la météo : quand il pleut, pas de clientèle - quand il fait beau, on risque de l'appeler.
Vous avez déjà entendu vous parler d'astreinte pour les cafétérias ?
Salaire : rien de fixe.


Z. et C. aimeraient bien se projeter dans l'avenir mais elles n'en ont pas les moyens. Famille ? Aisance ? Rien de tout cela.
M. ne pense qu'a remplir "sa marmite", nourrir ses gosses, ne pas avoir honte, ne rien leur refuser.