vendredi 3 juillet 2015

La Grèce tangue entre le oui et le non

A deux jours du scrutin qui déchire des millions de Grecs et de Grecques pour le référendum qui sera tenu ce dimanche, le oui et le non s'affiche partout, sur des pancartes, dans des feuilles volantes, tracts, dans des spots télévisés, à la radio, sur internet, dans la bouche de politiciens de tout bord et de toute race, du monde culturel, universitaire.

Tous les politiciens qu'ils soient Grecs ou étrangers donnent leur avis sur un oui ou sur un non. Mais faites attention, il ne s'agit pas de campagne électorale mais d'un enjeu beaucoup plus sérieux que les divergences politiques, il s'agit de vie ou de mort. Il y a un peuple derrière qui au quotidien est submergé de questions, tirés entre le oui ou le non.

Ce peuple, les Grecques et les Grecs, est fortement attaché à son identité européenne et je ne voudrais pas rassasier la bouillie qui est servie comme selon quoi la Grèce est le berceau de l'humanité, la démocratie en soi etc. Pas la peine, il n'y a rien à prouver de ce côté, c'est hors sujet.

Depuis toujours les Grecs sont profondément Européens, c'est une identité. Depuis plusieurs décennies les Grecs font parti de l'Union européenne, ils sont entrés dans la zone euro à force de sacrifice (et épargnez-moi mes commentaires, des clichés sur ce peuple ou qu'ils n'auraient du y entrer, c'est trop tard). A force de sacrifice, je disais, ils font parti de cette Europe au même titre qu les Français, les Espagnols, les Italiens, les Belges, les Allemands. Cela a coûté à tous les foyers de passer à la monnaie commune, il a fallu payer plus cher des produits de 1ère nécessité mais à côté de cela, chacun des pays a pu grassement profité de l'UE, la Grèce la première et les autres également (je ne citerai que la PAC ou certains programmes qui ont profité aux pays de l'UE).

"Revenons à nos moutons" : Ce référendum s'est finalement transformé en référendum sur l'euro et sur l'appartenance à l'Union européenne. Vous me direz : cela ne fait pas de mal de mettre les choses à leurs places.

Alors partagés entre le "oui" et le "non" ?


Voici quelques images du pays pendant la semaine qui s'est écoulée.

- Un référendum est organisé
- Un contrôle des capitaux est mis en place
- Qui dit contrôle des capitaux, dit restrictions
- Qui dit restrictions, dit embargo (impossibilité d'utiliser nos cartes à l'étranger, de faire des achats sur internet à l'étranger).
- Chaque jours des milliers de citoyens à la queue-leu-leu attendent patiemment leur maigre due devant les distributeurs
- Parmi ces citoyens des personnes âgées ou impotentes, ont les nerfs à vif et sont obligés d'attendre, dans des files d'attentes interminables, leur tour pour retirer au guichet des quelques banques spécialement ouvertes pour le 3e âge, la 1ère tranche de leur maigre retraite (120 euros). Ceux-ci ne possédant pas de carte de retrait seront doublement pénalisés car ils seront obligés, comme les autres, à retirer quotidiennement les 60 euros autorisés.
- Le ravitaillement dans les supermarchés se fait normalement même si quelque uns d'entre eux sont vite dévalisés en denrées durables (légumes secs, lait en boîte, pâtes etc…).
- Les cartes de retrait peuvent néanmoins être utilisés en théorie partout, sauf qu'en province le paiement en espèces est réclamé. Il faut bien comprendre qu'en province il est plus difficile de trouver des ATM que dans la capitale ou les grandes villes, il faut parfois faire des km.
- Le paiement par carte bancaire au bureau de tabac du coin, ce n'est pas dans les habitudes mais il faudra peut être s'y mettre et les Grecs ressembleront à mes compatriotes en France (MDR comme les esprits changent du jour à l'autre).
- cette situation entraîne des pénuries par ex. dans les pharmacies. Bientôt les marchés et les supermarchés ne seront plus ravitaillés car des camions TIR grecs sont bloqués à l'étranger ne peuvent pas débloquer leur carte pour acheter de la marchandise ou tout simplement faire le plein en essence de leurs remorques (limite de 60 euros par jour).
- des parents qui ont envoyé leurs enfants étudier à l'étranger sont dans l'impossibilité d'envoyer des mandats à l'extérieur.

Maintenant, cassons la mauvaise presse.
- les gens ne s'entretuent pas dans les files d'attente. Ils parlent forts tout simplement.
- les supermarchés ne sont pas vides.
- ce n'est pas le chaos.
- il n'y a pas de panique.

Petit aparté : Les touristes en Grèce ne sont pas pénalisés.

- Les touristes, ou les Grecs possédant des cartes de retrait ou de crédit étrangères, peuvent effectuer leurs retraits normalement, mais encore faut-il qu'il y ait de l'argent dans les distributeurs.
-  Prévoir donc suffisamment d'argent liquide en cas de besoin lorsque vous voyagez en Grèce.

Le référendum, quoi ?


Personnellement, je dois dire que si je votais en Grèce j'aurai un gros dilemme. Comme beaucoup de Grecs, je n'ai pas envie que ce pays soit hors de l'UE et encore moins de la zone euro. Le gouvernement actuel assure que ce n'est pas l'enjeu du référendum. Des voix d'ailleurs, à l'intérieur du pays et comme à l'extérieur, nous rappelle qu'il y a un risque majeur. Que des personnalités prennent parti pour un oui ou un non, je peux le comprendre. Que des non Grecs indiquent quoi voter aux Grecs, j'ai bien peur que l'effet ne soit pas celui qui est escompté … et que leur côté très patriotique et tétu (c'est un trait de caractère très généralisé, ne le prenons pas mal comme les Bretons en France - petite pensée pour mes amis de Bretagne) penche en faveur du non. Un peu normal non ?

Pour ma part, même si je ne participe pas en Grèce au processus démocratique des élections (sauf pour les élections municipales que j'honore chaque fois) j'aurai aimé connaître plus précisement ce que ce lundi nous réserve.
En cas de victoire du OUI.
En cas de victoire du NON.

Une chose est sûre, on sera tous sur le même bateau, il est donc temps de ramer ensemble. Il faudrait dépasser l'enjeu politique et que les 300 du Parlement planchent sérieusement au devenir de la Grèce. Déjà des voix susurrent qu'il faudrait un gouvernement de technocrates… cette solution a déjà utilisée et n'a pas réellement apporté de vraies solutions. Il existent forcement quelque part en Grèce des personnes de qualité, qui ont de bonnes idées et comme l'union fait la force, il ne reste plus qu'à ce pays de se réunion à l'unisson.