mardi 6 mars 2012

Habiter autrement à Athènes

Les temps sont durs en Grèce, encore plus dure est la situation dans la capitale quand nous constatons que cette ville regorge maintenant de clochards-sdf qui faute de moyens ne peuvent se cacher sous les ponts comme à Paris et s'étalent sous les stoas, autour des places principales, dans les recoins des quartiers "dits" malsains de la ville.

Nous voyons fleurir dans la ville ces minis refuges de cartons qui me font penser aux cabanes que nous aimions monter dans le jardin et les terrains vagues quand nous étions plus jeunes.

L'hiver aura été très dur à Athènes - l'hiver rude et glacial n'arrange guère les choses. Ces nouveaux pauvres, sdf, clochards quelque soit le terme utilisé, nullement péjoratif d'ailleurs, déballent leur malheur aux yeux de tous. Fort heureusement, personne ne les chassent. Comment vivre dorénavant dans cette société qui par tradition n'avait pas de sdf ?

Un nouveau genre est né. La société grecque pourtant savait jusqu'à aujourd'hui  protéger, au sein de la famille, les siens. Qu'en est-il de la solidarité personnelle ? Elle s'évapore jour après jour, mémorandum après mémorandum.

J'ose à peine imaginer l'humiliation pour ces Grecs qui se retrouvent à dormir sur les trottoirs athéniens. Ici "vivre à la cloche" n'est pas une institution, ce n'est pas un choix, c'est le coup de couteau final qui achève tout ce qui peut vous rester d'amour propre.

Alors, vous osez à peine les regarder, ne pas s'arrêter, lancer une pièce (si cela peut améliorer quelque chose...). Continuer son chemin... 100 mètres plus soin, c'est la même scène. Rues Stadiou, rue Panepistimiou, en plein centre, en pleine lumière, derrière la Banque de Grèce. Devant, aux alentours de l'Académie d'Athènes, les sages...

Alors ces nouveaux "gueux" ont enflé la population des sans-abris toxicomanes, alcooliques délaissés par leur famille ou sans-papiers immigrés clandestins que nous pouvions compter sur les doigts de la main. Nombre d'entre eux avaient, avant cette descente en enfer, une maison, un emploi, une famille ; une vie normale quoi ! Aujourd'hui, leur seule fortune se résume à quelques cartons, une ou deux couvertures, une bonbonne d'eau.

Selon des études récentes d'ONG, ils sont plus de 20.000 à vivre dans la rue, une augmentation spectaculaire de 20-25%.

Ici pas d'Etat-providence ou si peu ! La crise aidant nous sommes en face à un vrai problème de société. Il existe quelques rares ONG qui essaye d'apporter un peu de réconfort grâce à restos du coeur mais ils sont si peu.

(je pourrais mettre des photos mais j'ai choisi délibérément de ne pas en mettre car à l'ère de l'image, il faut s'en tenir aux mots. Trop d'images diffusées de la Grèce ne reflètent pas la réalité. Un sans-abri est un sans-abri. Pas besoin d'une image pour faire passer mon message)

jeudi 1 mars 2012

La revanche de la patate

"Vous ne savez pas, vous les jeunes, ce que c'est d'être pauvre et affamé ..." C'est une phrase que mon beau-père aimait répéter et que mon mari reprend depuis des années en blaguant et qui est aujourd'hui devenue une réalité.


Quand le peuple est affamé et indigné, il prend le taureau par les cornes et s’attèle à améliorer son quotidien.

Vous êtes insatisfaits des tarifs de votre épicier, du supermarché... 
Ici on balaye les intermédiaires !

L'initiative pour le moins originale est récente. Tout commence par les tarifs pratiqués sur les marchés locaux et les supermarchés. Le kilo de pommes de terre est vendu en général à 0,75 €.
Un groupe de bénévoles de la région de Pieria en Grèce lassés de voir que nous payions, sans raison, des tas d'intermédiaires, ont décidé grâce à l'internet d'éliminer ces intermédiaires et de vendre en direct les pommes de terre à des prix défiants toute concurrence.

Du producteur au consommateur

Cette brillante idée bien évidemment a fait boule de neige. L'huile d'olive se vend maintenant de la même manière puis les autres légumes, le riz, la farine ...
De province, l'initiative s'étend sur d'autres régions de Grèce, puis vers la capitale. Des initiatives similaires sont suivies à Veria, Volos, Drama, Larissa et Thessalonique. 
 Une municipalité de la grande banlieue d'Athènes, Pallini, est entrée dans le jeu et vend des patates aux citoyens de sa ville, qui proviennent directement de la région de Nevrokopi direct aux consommateurs, exit les intermédiaires !

Qui sont ces bénévoles ?

Ces bénévoles de Pierias ont donc décidé en février de mettre fin à cette aberration et de contacter les producteurs afin d'obtenir un prix intéressant pour l'achat de 24 tonnes de pommes de terre. Puis grâce à l'internet et via leur site www.otoposmou.gr (leur site est d'ailleurs victime de son succès ce soir !) ont réussi l'impossible. Le succès de leur projet était tel que les 24 tonnes achetées ont disparu en à peine 10 heures. 


Aussitôt, les supermarchés de la région alertés par la perte évidente de leur clientèle ont abaissé le prix de vente de leurs patates à 0,34€. Ils ont quoi être fiers ces bénévoles !!! et ce n'est que le début...

Les indignés inconnus réagissentCe sont de telles initiatives qui nous donnent du courage, nous font plaisir, améliorent notre quotidien. Les citoyens bougent ... Est ce le début d'une nouvelle ère ? Quelque part les choses doivent changer. Le peuple se relève petit à petit et reprend la main. C'est une bonne nouvelle.

Achetons des produits locaux

Pour aider la Grèce, aidons les petits producteurs en achetant des produits de saison, primeurs, essentiellement de Grèce. J'ai toujours trouvé idiot d'acheter des tomates de Belgique en plein hiver, ou des pommes de terre d'Egypte ou de France.

Dernières nouvelles

Grâce au "mouvement de la patate", 1.110 familles de la ville de Katerini ont commandé en 20 heures 75 autres tonnes de pommes de terre. La livraison se fera le 3 mars prochain, sans intermédiaire.
Alors vous souriez ???