vendredi 12 décembre 2008

QUE VEULENT LES JEUNES GRECS ? "NOUS VOULONS UN MONDE MEILLEUR"

J'ai été touchée par cette lettre-prière d'amis d'Alexandre qui aurait été diffusée par l'Union des professeurs d'université et publiée par un grand quotidien grec.

" Nous voulons un monde meilleur. Aidez-nous. Nous ne sommes pas des terroristes, des émeutiers à cagoule ou les fameux connus - inconnus. Nous sommes vos enfants. Ceux-là, connus-inconnus ... Nous rêvons. Ne tuez pas nos rêves ! Nous avons de la fougue - Ne nous arrêtez dans notre élan. Rappelez-vous. Vous avez été jeunes vous aussi. Maintenant, nous ne courrez qu'après l'argent, vous êtes superficiels, vous vous êtes engraissés, vous êtes devenus chauves, vous avez oublié.


Nous attendions votre soutien. Nous nous attendions à un intérêt de votre part, que nous soyions pour une fois fiers de vous. En vain. Vous vivez votre fausse vie, vous avez courbé la tête et vous attendez le jour de votre mort. Vous n'imaginez plus rien, vous ne tombez plus amoureux, vous ne créez plus ! Vous achetez et vous vendez seulement. Des matérialistes de partout le monde. L'amour nulle part. Où sont les parents ? Où sont les artistes ?


Pourquoi ne ne sortent-ils pas pour nous protéger ? Ils nous tuent. Aidez-nous ....".

et cette lettre se termine par un postscriptum :

"Ne lancez plus de bombes lacrymogènes, nous pleurons de nous même."
Voilà ce que disait cette lettre d'amis de cet enfant devenu malgré lui un héro. C'est un cri de détresse. Entendez-vous cette génération qui se réveille ? "Nous ne sommes pas ces connus-inconnus, ni ces hommes à cagoule, nous sommes vos enfants".

Presque une semaine après la mort d'Alexandre, Athènes et la Grèce entière ne sont toujours pas remis des événements et elle tardera à s'en remettre.

Les manifestations d'écoliers ont lieu chaque jour dans toutes les villes de Grèce, certains parents les accompagnent. Les écoliers occupent leurs établissements. Depuis lundi, pas cours. Ils refusent de courber la tête. Ils n'écoutent plus diront certains parents ! C'est vrai, ces jours derniers les jeunes ont la rage, ils n'ont plus le choix que de le montrer. A nous, parents de les aider.

Aujourd'hui encore, alors que la situation s'était relativement calmée, il y a eu des manifestations et des échanges vigoureux entre les forces de la police et des personnes comme vous et moi. Pas des délinquants comme certains ont tendance à les présenter mais des écoliers de 13 ans, des parents, des femmes aux foyers, des retraités. Tous ceux qui vivent au quotidien les injustices.

Les images choquent. Y aura-t-il des séquelles ? Très certainement.

mardi 9 décembre 2008

ATHENES A ENTERRE SES COULEURS DE FETE : LE DEUIL ATHENIEN

Athènes a perdu ses couleurs de fête ! Désolation, ravages, rage, pillages.


Voici l'image de quatre jours de troubles à Athènes suite à l'assassinat d'un jeune de quinze ans qui, le jour de la Saint Nicolas, un des jours de fête les plus importants en Grèce, a eu le malheur d'aller fêter avec ses amis la fête d'un Nicolas, un de ses amis. Il n'avait que 15 ans, l'age que pourait avoir votre fils. L'age de la révolte, peut être, mais certainement pas l'age d'être enterré.

Athènes, la désolante. Le centre de la capitale ressemble à une ville bombardée, souillée, violée. La place de la Constitution, la fameuse place Syntagma a été cassée, brûlée, partout vous verrez des bris de marbre, des poubelles en cendre, des bancs brisés... La plupart des magasins de la rue piétonne Ermou sont saccagés, les commerçant désolés, les employés se retrouvent à la veille des fêtes de Noël sans travail. Désolation !

L'atmosphère qui règne dans les rues d'Athènes, autour d'Omonia, de Syntagma, de l'université Polytechnique est suffocante. Nous sommes obligés de nous protéger en plein jour des restes de gaz lacrymogènes. Les transports en commun fonctionnent par altermitance. cet après-midi, à 17h00, les stations du métro Syntagma et Panepistimiou étaient fermées. Les piétons marchent dans Athènes le regard perdu dans tant de violence, hagards.

Toute cette violence est-elle justifiée ? Certainement pas. Il faudrait malgré tout analyser, en mettant de côté ces groupes d'anarchistes, qui mettent à chaque fois le trouble dans les mouvements de manifestations.

Toute cette douleur est-elle justifiée ? Certainement. Demandez donc à cette mère qui a perdu son fils ! Et ne tentez pas d'incriminer ce gosse qui est sorti un samedi soir avec ses amis et qui s'est retrouvé face à un représentant des forces de l'ordre qui n'a pas pu se maîtriser. Les témoignages jour après jour pleuvent et prouvent que la réaction de ce policier était injustifiée. Cet homme, car il s'agit d'un homme, d'un père de famille ,qui peut être par lacune ou par mauvaise formation, ou lui aussi d'un ras-le-bol, a tué un enfant.

A côté de toute cette douleur, il y a un autre problème. Pourquoi les magasins ont été saccagés par ces groupes d'anarchistes et dévalisés dans la foulée par d'autres groupes ? Cela me rappelle les images des Etats-Unis après le cyclone Katrina. Les magasins dévalisés par des groupes de voleurs. Cet après-midi, alors que nous sommes mardi et que les magasins normalement ouverts jusqu'à 21 heures, le centre d'Athènes est fermé, déserté à 15 jours des fêtes de Noël.

Les journaux télévisés, avides d'images, tels des corbeaux, montrent en continu des reportages de la destruction de la capitale ainsi que des images de ce jeune qui a perdu la vie.

La question qui revient en permanence est : POURQUOI ?

La violence engendre la violence. La misère engendre la violence. L'incompréhension engendre la violence. La jeunesse découvre que leur avenir est incertain. Que dire à cette mère face à sa douleur ? Que dire à nos enfants devant tant de haine ?

Que font nos gouvernements devant tant de haine et de violence ? Pourquoi une telle passivité ? Nous n'avons pas le luxe de la réflexion. Les hommes politiques, les gouvernements seront jugés sur leur résultats.

Révolte ou Révolution ?

Une chose est sûre, le décès de ce jeune de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos a fait poudrière et boule de neige.


Poème d'Arthur Rimbaud

"Le Dormeur du Val"

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.



modifié le 10 décembre 2008

vendredi 5 décembre 2008

LES GRECS SONT-ILS PLUTOT CIGALE OU PLUTOT FOURMI ?

En cette période de grande restriction, bla bla bla, ici comme par ailleurs, bla, bla, bla, on nous rabache que la crise économique, grand fléau, n'est qu'à son début. On pourrait même dire qu'elle n'a pas atteint ici l'ampleur qu'elle peut avoir ailleurs.

La société grecque telle qu'elle est composée peut faire face en tout temps à toutes sortes de crises. Parce qu'elle est forte, parce qu'elle est unie.

Crise sociale, crise politique, crise économique ....

Il est vrai que ces derniers temps, pris dans le tourbillon mondial et européen, nous sommes bombardés de toute part de messages de nos leaders nous annoncant une crise très sévère.

Voici le message - il est mondial : Il faut se serrer la ceinture.

La famille grecque n'est guère dépensière même si ces dernières elle a tendance à succomber à la frénésie occidentale d'acheter, plus qu'elle en aurait besoin, des choses complètement inutiles. C'est donc ça la société de consommation me direz-vous.

Cependant, les Grecs sont plutôt fourmis que cigales.

Le souci majeur d'un père est de protéger sa famille et ses enfants. Par tradition et quant il peut bien sûr, il se saignera aux veines pour assurer un toit à son fils, à sa fille, leur offrir un mariage décent. Et ses enfants feront de mêmes pour leur propre progéniture. C'est pour cela qu'il y a un nombre importants plus qu'ailleurs de propriétaires.

Parlons des congés payés par exemple : Le Grec est fourmi. Il se contententera de partir en vacances pendant maximum, mais vraiment grand maximum, 15 jours. Très rarement, il pensera aux sports d'hiver. Allez il envisagera peut-être de partir un petit week-end dans une des stations de ski non loin de la capitale, mais entre nous j'en connais peu. Les autres Européens n'ont pas les mêmes priorités vis à vis de leur famille.

Alors se serrer la ceinture. Les Grands de ce monde nous mettent la pression.

On demande une fois de plus à la classe moyenne de donner davantage. Dernièrement, un pub qui passe sur les chaînes de télé grecques révolte. Le ministère de l'Economie se fait le messager du bon payeur et du bon redeveur.

L'employé, l'ouvrier ne peut faire autrement que déclarer l'ensemble de ses revenus, d'ailleurs pour info, l'impot est pris à la base. Le trop perçu est rendu après envoi des déclarations fiscales. L'Etat ne demande pas par contre, aux autres, à ceux qui ont les moyens de cacher une partie de leur pécule, de se serrer la ceinture.

Ceux-là au nom de la crise économique mondiale ne font aucun effort. Ils sous-emploient ces pauvres bougres qui par peur du lendemain acceptent de leur bon "samaritain" (du dit employeur) toute sorte de compromis inadmissible comme ce j'ai entendu il n'y pas longtemps d'une amie très chère qui s'est vue proposer un emploi avec les conditions misérables suivantes :
- salaire net de 1000 euros sur la fiche de paye
- mais ... en poche réellement 750 euros.

- l'employeur paye la différence seulement sur les cotisations sociales mais garde l'autre différence.
= l'employeur gagne sur tous les fronts. L'employé perd 250 euros et plus si on calcule les impots qui seront prélevés.
Bien évidemment mon amie qui n'était pas à ce point désespérée n'a pas accepté ces conditions. Ce qui me rend triste c'est que je suis sûre qu'il y une personne dans le besoin qui a du certainement succombé.
Cet exemple est certainement extrême mais c'est une réalité.

Pour en revenir à la fameuse publicité qui passe en ce moment ; le ministère de l'Economie préconise aux Grecs de se sensibiliser, de prendre conscience grâce à leur campagne de lutte contre la fraude fiscale via différents petits spots télévisés sur des thèmes comme le financement de l'éducation, de la santé, renforcement de l'Etat-providence, appui au développement et enfin inciter de chacun d'exiger une facture.






C'est bien gentil tout cela et nous qui nous aide ? Nous devons aider l'etat à renflouer ses caisses, aider notre employeur en faisant toujours plus d'effort et ce pour garder notre emploi. Mais les prix grimpent et notre porte-monnaie se vide.
Oui, je suis d'accord que la fraude fiscale est une injustice sociale mais cela m'etonnerait que ceux qui réellement volent l'Etat se sentent bien concernés. Ne soyons pas dupes. Les rentrées d'argent c'est toujours pour les mêmes en Grèce comme ailleurs.